Son cas, marqué du sceau de la notoriété, n’est pas le plus représentatif de la vaste communauté des porteur·euse·s de troubles psychiques, mais la portée de son livre, vendu à des milliers d’exemplaires, reste retentissante auprès du grand public.

On peut envier sa chance. La chance d’être une personnalité, à la tête de la matinale de France Inter depuis 2017 et journaliste le plus écouté de France. Un statut privilégié qui lui offre un passeport en or pour aligner les rendez-vous avec des noms en vue de la psychiatrie et de la psychanalyse, dans les beaux quartiers de Paris, et être en capacité de lâcher les liasses de billets qui vont avec.
Mais sa chance s’arrête là. Dans Intérieur nuit, paru en mars 2025 aux Editions Les Arènes, Nicolas Demorand se livre sans fard sur sa bipolarité, et sans se mettre en valeur. Il y apparaît vidé, en particulier en début de livre, mettant ses tripes, ou plutôt sa tête sur la table. On le lit malmené entre errance diagnostique d’une dizaine d’années et ordonnances médicamenteuses abusives, souffrant et sombrant chaque jour un peu plus. Il écrit très ouvertement sur le suicide, l’envisageant avec le plus grand des sérieux, afin de “ne plus endurer le martyr de la souffrance psychique”.
Élément intéressant, le journaliste balance aussi sur le système de santé. Il met en cause des médecins généralistes incapables de creuser le mal ou d’orienter vers les spécialistes idoines, des psychanalystes ankylosé·e·s dans les clichés, un “ponte” qui feint de ne pas le connaître alors qu’il débarque aux urgences suite à une tentative de suicide, etc. Et il pose aussi une question fondamentale, qui reste en suspens : “Pourquoi les malades mentaux doivent-ils attendre si longtemps pour un diagnostic ?”
En somme, Nicolas Demorand n’est peut-être pas la voix de tout un peuple de porteur·euse·s de troubles psychiques, mais il incarne une voix publique qui compte dans le paysage médiatique, et on peut lui tirer notre chapeau pour son courage d’avoir couché sur papier sa trajectoire tragique – mais pas si singulière. Son livre a probablement, espérons-le, incité quelques lecteur·rice·s à libérer leur parole sur la pathologie dont ils et elles souffrent, au sein de leur entourage familial, amical, ou professionnel. Afin que la honte s’estompe et que la banalité s’installe – et c’est une bonne nouvelle.

